Contactez-nous
Économie

\"C'est ça la guerre d'aujourd'hui\" : en Ukraine, les robots terrestres esquissent la vision d'une guerre sans soldats

Jun 10, 2026

Véhicule terrestre sans pilote ukrainien Rys Pro,équipé d'une tourelle de mitrailleuse télécommandée,lors d'un entraînement le 18 avril 2025. (Global Images Ukraine / Global Images Ukraine / GETTY)

Pour épargner des vies,les drones prolifèrent et ces robots affectés à l'évacuation ou aux livraisons de nourriture et de matériel,sont devenus incontournables en Ukraine. Encore loin d'avoir une forme humanoïde,ces étranges véhicules ressemblent à des quads munis d’un grand plateau métallique. Certains sont équipés de chenilles,d'autres ont d’énormes roues façon tracteur. Gérés à distance,les robots communiquent avec le pilote par satellite.

À lire aussi

Drones,robots terrestres,contre-attaques... Comment l'armée ukrainienne parvient désormais à contenir la poussée russe

Les robots les plus répandus sont les véhicules ravitailleurs. Ils permettent d’amener sans risque sur les positions des cigarettes,des munitions ou de la nourriture. Bien adaptés,ils peuvent aussi faire office de brancard,pour les militaires ou les civils.

À Kharkiv,Halyna Andriivna,85 ans,a été évacuée,mi-mai,de sa maison près de Vovtchansk,où les combats font rage. C’est un fantassin qui a hissé la vieille dame sur le plateau du robot avant de repartir au combat.

"On m’a fait sortir sur une civière et puis dans une machine. J'étais allongée,ça secouait beaucoup !"

Halyna Andriivna,évacuéeà franceinfo

Des soldats transformés en opérateurs robot

Ensuite,le pilote a tout géré de loin,à 20 kilomètres du front,avec son joystick et son écran. "Je n’avais pas droit à l’erreur,raconte le sergent-chef Volodymyr Tchernenko,opérateur de la 57e brigade. À droite,il y avait une carcasse de pick-up qui avait brûlé et à gauche,c’était le vide. Le passage faisait pile la largeur du robot. Trop à gauche,et le robot tombait dans le vide avec la mamie..." Mais Halyna n’est pas tombée. Elle a même parcouru 10 kilomètres sur le robot.

Nazar,alias Pavouk (araignée) commandant de peloton de la 112ème brigade. (ISABELLE LABEYRIE / RADIO FRANCE)

Évacuation,ravitaillement,il est frappant de voir à quelle vitesse évolue la technologie,et la rapidité avec laquelle l'armée ukrainienne doit s’adapter. Il y a trois mois,Nazar ét Maxime étaiet encore dans l'infanterie,combattant à pied. Aujourd'hui,ils s'occupent exclusivement des robots. "À la guerre,tout va très vite. Le mois dernier,on a fait 40 missions,raconte Maxime. Et je ne parle que des missions réussies." "Le monde entier est impressionné par ce qu’on fait",ajoute Nazar,en ce début du mois de juin.

"C'est ça,la guerre d'aujourd'hui. On est déjà dans le futur et si tu es flexible,tu vas y arriver."

Maxime,soldat de l'infanterie devenu opérateur robotà franceinfo

Des tests avant le front

Ces véhicules sont toujours testés avant d'être envoyés au front,comme ce robot d'environ 400 kilos assemblé il y a deux jours et actuellement en essai de roulage. Dans le bataillon des Loups de Da Vinci,les hommes sont en train de vérifier leur dernière livraison. "Les caméras sont stables. La liaison est bonne. La batterie est à 62%",contrôle un soldat. Lancé à 5-6 km/h et transportant un générateur,le robot absorbe plutôt bien le relief de la route de campagne.

Opération camouflage pour un robot prêt à aller sur le front. (ISABELLE LABEYRIE/ RADIO FRANCE)

En général,les robots ukrainiens sont trois à quatre fois moins cher que leurs équivalents européens ou américains et ils sont souvent mieux adaptés. "On a un modèle allemand. Il coûte 180 000 euros et il ne va pas sur le front. On a essayé une fois,il est tombé en panne ! On l'a envoyé en réparation,ils l’ont réparé,mais maintenant ce sont les caméras et le GPS qui ne marchent pas. Donc travailler avec eux,c’est un peu compliqué."

Il faut quand même préciser que la durée de vie d’un robot terrestre est très,très courte. En général,le robot a le temps d'accomplir trois missions maximum,avant de se faire détruire par un drone russe.

Des missions de combat

Ces robots,souvent dédiés à la logistique,se transforment,parfois,en combattants. Ils peuvent être équipés de mitrailleuses,d'autres posent des mines ou vont se faire exploser dans des sous-sols.

"On fait aussi des essais sur un véhicule terrestre sans pilote,équipé d’un système laser pour détruire des drones,explique Vladyslav Balbas,qui dirige Ukrainian Armor,un constructeur de blindés fabriquant désormais des robots. On pourrait finir par déployer des systèmes entièrement autonomes,au plus près du front,sans aucune présence humaine. Ce serait un changement majeur pour préserver la vie des soldats. Tôt ou tard,on le verra sur le champ de bataille."

"On va peut-être arriver,comme dans Terminator,avec des machines qui combattront d’autres machines !"

Vladyslav Balbas,dirigeant d'Ukrainian Armorà franceinfo

Mi-avril Volodymyr Zelenskyy a d’ailleurs annoncé la prise d’une position russe uniquement à l’aide de robots terrestres et de drones.